Origine et histoire du Château de la Motte
Le château de La Motte, situé dans le 7e arrondissement de Lyon sur la rive gauche du Rhône, occupe une motte castrale artificielle créée à l’époque gallo-romaine pour se prémunir des inondations. Ce site stratégique, à la frontière entre le Dauphiné et le Lyonnais, contrôlait les routes vers l’est et le sud. Bien que les fouilles archéologiques n’aient pas confirmé d’occupation antérieure au XVe siècle, le château actuel, mêlant éléments défensifs médiévaux (tours rondes, mâchicoulis, donjon) et aménagements Renaissance, illustre la transition entre forteresse et maison de plaisance. Au XVIIIe siècle, son mur occidental fut remplacé par une terrasse, et une chapelle, aujourd’hui disparue, était encore visible au XIXe siècle.
Au XVe et XVIe siècles, le château fut la propriété de la famille de Villeneuve, dont Jean accueillit en 1476 les assises du Parlement de Grenoble. Humbert de Villeneuve, lieutenant général de Lyon puis président aux Parlements de Toulouse et Bourgogne, et son fils Charles, baron de Joux, marquèrent son histoire avant sa vente en 1530 à Hugues du Puys, lieutenant de la sénéchaussée. Le domaine, qui s’étendait sur 17 hectares, devint un lieu de réception prestigieux : en 1556, le cardinal Caraffa y attendit Henri II pour lui remettre une épée bénie par le pape, et en 1600, Marie de Médicis y dîna avant son mariage avec Henri IV. En 1622, Louis XIII, Anne d’Autriche et Richelieu s’y rencontrèrent, occasion pour laquelle un « petit palais » et un théâtre furent construits.
Au XVIIe siècle, le château passa aux mains des religieuses du couvent de Sainte-Élisabeth, qui en firent l’acquisition progressive entre 1655 et 1662. La Révolution le transforma en bien national : vendu en 1791 à Pierre Étienne Verd, puis exproprié en 1821 pour laisser place à un fort militaire dans le cadre des fortifications de Lyon sous Louis-Philippe (1831–1853). Devenu la caserne Sergent-Blandan en 1942, le site abritait 1 193 soldats en 1864 avant de perdre son rôle stratégique. Après le départ de l’armée en 1999, le Grand Lyon acquit le domaine en 2007 pour en faire un parc urbain, projet reporté après l’échec d’une reconversion hôtelière en 2014. En 2024, sa transformation en lieu de réception est prévue pour 2027.
Le château, inscrit aux monuments historiques depuis 1983 et classé en totalité en 2014, conserve des façades et toitures remarquables, ainsi qu’une plaque commémorative dédiée au général Toussaint Campi. Ses dépendances du XVIe siècle (étables, granges, pressoir) témoignent de son passé agricole. Malgré des dégradations récentes (effondrement partiel du toit en 2022), son histoire reflète les évolutions politiques et sociales lyonnaises, des guerres de Religion à la vocation militaire moderne.
Les armoiries des familles Villeneuve (losangé d’or et d’azur) et du Puys, ainsi que les traces des aménagements pour Marie de Médicis ou Louis XIII, rappellent son rôle de résidence aristocratique. Les sources historiques, comme les travaux de Nicolas Cochard (1823) ou Léonard Boitel (1843), documentent son importance patrimoniale dans le paysage lyonnais, entre héritage médiéval et adaptations contemporaines.